J'ai reçu récemment de M. Prié du Cesys un article intitulé:
pourquoi les hommes font-ils tout à la dernière minute?
Cet article m'ayant fait sourire d'abord et interpellé ensuite, j'ai souhaité le partager avec vous et vous faire part de mes réactions. Voici donc l'article:
Qu'il s'agisse de préparer ses examens, de payer ses impôts ou de ficeler un dossier professionnel, la culture de l'urgence semble s'imposer partout, au point de dessiner les contours d'un nouveau profil « l'homme last minute » « Ce trait de caractère qui ne concernait qu'une certaine catégorie de personnes est devenu un fait de société, confirme Gérard Rodach, auteur de Gérer son temps et ses priorités (Editions Eyrolles). Les gens ne se projettent plus qu'à court terme Ils ont envie d'une vie plus souple, plus flexible. Le plaisir dans la planification a tendance à disparaître ».
Omniprésente dans l'univers des loisirs, cette culture s'est également développée dans le monde de l'entreprise, où l'on est passé d'une logique de long terme à une logique de très court terme « Le monde globalise actuel conduit a un besoin d'activité ultra rapide qui fait que la dernière minute est de plus en plus proche, remarque le psychologue François Chavan. Dans une entreprise il convient désormais de s'adapter plus que de prévoir. Cela conduit à changer les méthodes de travail et le profil des managers Ceux qui ont l'habitude de faire les choses rapidement au dernier moment sont avantagés par rapport aux grands planificateurs, très fiables mais très rigides qui étaient à l'honneur dans les années 1980 »
Cette ligne de conduite a l'avantage d'éviter les désagréments liés a la fameuse loi de Parkinson qui affirme que « le travail s'étale de façon a occuper le temps disponible pour son achèvement ». En gros, plus vous prévoyez d'œuvrer longtemps à la réalisation d'une tâche, plus cette tâche a tendance à se dilater Dans un monde professionnel aux exigences opaques, l'immédiateté constitue donc souvent l'ultime moteur permettant de passer à l'action « Les cadres sont bombardés d'injonctions contradictoires : il faut fidéliser les clients tout en générant un maximum de profit tout de suite. La culture last minute est souvent la seule réponse à ce climat structurellement paradoxal qui peut conduire a la folie » analyse le consultant Gérard Rodach.
En apparence frivole et insouciante, cette vie sur le fil nécessite en réalité des nerfs d'acier. Certains, d'ailleurs, supportent mal cette existence « Faire un rapport en dernière minute, après moult tergiversations, ça m'a toujours gâche la joie du travail fini Malgré les compliments, je me disais a quoi bon, s'ils savaient dans quelles conditions j'ai bossé » dit un cadre.
La loi du temps de Pareto dite loi des 80/20, vient conforter nos adorateurs du dernier moment. Le problème, c’est que quand on a goûté au speed de la dernière minute le reste de la vie semble morne. Sans pression, « le last minute action héro » a bien du mal à enlever sa cape et ses collants pour vivre les choses avec langueur « En effet confirme Gérard Rodach cette culture de l'immédiateté accentuée par les nouvelles technologies produit une agitation illusoire qui nous empêche bien souvent de vivre les choses au présent ».
Mais voila malgré ces quelques désagréments, la vie last minute est en train de s'imposer en nouveau standard, une façon d envisager le marathon de l'existence comme une série de sprints effrénés.
En fait il n'en est rien car la prétendue culture de l'urgence est un des symptomes critiques de ce mal profond qui est la procrastination ou Manianite. Nous créons cette urgence et nous nous y complaisons en raison de notre incapacité chronique à décider en temps voulu; ce qui nous conduit à renvoyer la décision non pas à demain mais au moment où on ne peut plus la différer. Notre activisme actuel n'est que le résultat de notre "retard à l'allumage" c'est à dire de notre incapacité à prendre nos décisions sans se créer la contrainte artificielle et additionnelle de la pression du temps.
Cette situation est-elle réversible?
je crois candidement que oui;
mais pour cela, il nous faut (re)définir nos priorités et allouer notre temps en conséquence.
Paul Ohana
