Faut-il avoir des objectifs ou faut-il piloter à vue?
Ce débat récurrent familier de tous les consultants a été semble-t-il réglé naguère à l'avantage des objectifs. Hors des objectifs, point de salut! Et tout un chacun dans le public comme dans le privé d'y aller de sa citation à l'appui de cette thèse, depuis Sénèque: 'il n'y a pas de vent favorable pour qui ne sait où il va " jusqu'à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll "quand on ne sait pas où on va on ne sait pas si on est arrivé."
La cause était donc entendue jusqu' à l'arrivée des temps modernes, ces temps que nous vivons et où les changements de toute nature sont tellement imprévisibles qu'une gestion rigoureuse par objectifs devenait impossible.
Alors on a inventé la notion d'opportunités, il faut être en veille permanente, faire attention aux menaces et exploiter les opportunités. Mais cela ne condamne pas pour autant la gestion par objectifs car encore une fois pour citer Pasteur (je crois) le hasard ne sourit qu'aux gens préparés.
Bref le mot objectif est rentré dans les moeurs accompagné de son avatar, l'indicateur, ce fameux indicateur qui va permettre de mesurer si l'objectif est atteint ou pas. Car il n'est d'objectif que chiffré. Hors du chiffre, point de salut!
Et c'est là que moi, l'inventeur de l'objectif PANEL, précis et mesurable, ambitieux et atteignable, négocié et non imposé, écrit et explicité par un plan d'action, limité en nombre, moi qui ai convaincu des générations de managers :) du bien-fondé de cette approche, je commence à avoir des doutes. J'ai même des doutes certains quand on fixe des objectifs sans se préoccuper des moyens pour les atteindre ou encore quand on vise l'atteinte d'objectifs sans se préoccuper de la façon dont on les obtient!
J'en ai eu la démonstration lors du match France-Irlande, l'histoire retiendra que la France a gagné parce qu'elle avait fait le meilleur score. L'histoire retiendra-t-elle les conditions dans lesquelles nous nous sommes qualifiés? Nous atteignons là la limite de l'utilisation des objectifs chiffrés...
Mais en dehors de cet exemple sportif que je vis tres mal, l'approche par objectifs restera encore pour longtemps le meilleur outil surtout si dans nos entreprises et nos administrations, les hommes et les femmes à tous niveaux arrivent enfin à se parler et à donner à ces chiffres froids un éclairage humain .
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde

Merci M Ohana pour ces observations et ce clin d'œil sur l'actualité: objectifs et quantification, risques et opportunités, forces et vulnérabilités, ressources et (au sens premier) économie des moyens, tableaux de bord et indicateurs chiffrés mais aussi qualitatifs, communication et gestion dans le changement, cohérence "éconologique" (osons ce néologisme) et sociétale - développement durable pour faire moderne ! -, voici bien les composantes minimales de toute stratégie. On ne manquera pas d'ajouter liberté d'action et concentration des efforts vers les buts par les voies les plus efficientes, approche systémique et analyse de la valeur, choix raisonné des équipes de projet, aptitude à la décision, respect des valeurs et des cultures permettant d’assoir dans la durée les résultats attendus. Bref, nous savons depuis Sun Zi que la stratégie n'est pas une simple affaire de méthode et que si l'absence de méthode conduit très souvent à l'échec, le suivi dogmatique d'une méthode n'est pas non plus, loin s'en faut, un facteur de succès. Aucune méthode, aucun « principe », aucune idéologie », n'a survécu et ne survivra aux progrès des sciences et du savoir, "dures" ou sociales et Paul Feyeraband, avec son esquisse d'une théorie anarchiste de la connaissance, l'a bien montré. ; Talleyrand disait déjà « appuyons nous sur les principes, ils finiront bien par tomber ». Piaget et Edgar Morin parmi d’autres les ont suivis en mettant en évidence l'impossible approche rationnelle de la complexité à l'échelle humaine, qui nous dépasse incommensurablement. Alors restons modestes, tentons d'avancer sur nos objectifs avec une stratégie qui s'appuie sur eux et sur la béquille méthodologique du moment, en gardant en mémoire nos faiblesses et nos limites, et en nous la volonté qui nous anime, si possible dans le respect des autres et de nos valeurs. Nous commettrons de fautes, nos mains parfois s'égareront, mais faisons confiance à notre intelligences pour retrouver le chemin.
Rédigé par : Francis Lenne | 23/11/2009 à 10:48
Décidéent, nous sommes conditionnés par les medias. Apres avoir laissé planer le doute sur les chances de succes de Copenhague, voilà qu'un vent d'optimisme souffle à nouveau. Pourquoi?
Parce qu'on nous annonce que le President Obama va aller à Copenhague avec des OBJECTIFS CHIFFRES. Bien sûr nous dit-on les chiffres annoncés sont loin de ceux que d'aucuns souhaitaient. Mais quand on se souvien que les USA n'avaient pas signé Kyoto, on se rend compte du chemin parcouru ... Finalement la première vertu d'un objectif c'est la prise de conscience pour tous les acteurs que le sujet est prioritaire. Allons ne soyons pas iconoclastes et continuons notre combat pour la clarté des objectet pourquoi pas leur mesure !
Rédigé par : paul ohana | 26/11/2009 à 16:16