Dans les 100 mots clés du management des hommes paru aux Editions Dunod j'avais fait une note sur l'un des grands maux de nos temps modernes que j'avais intitulé " la manianite ".
La manianite est la tendance que l'on a à renvoyer à demain , sans raison valable, une décision que l'on devrait prendre tout de suite.
Réfléchissez un instant et vous trouverez dans votre vie professionnelle ou votre vie familiale une foule de décisions , souvent très importantes, que vous renvoyez à demain. Pourquoi ? l'analyse n'est pas simple même si elle a été abordée de longue date par nos sages qui l'appelaient du terme barbare de procrastination. Comprenons nous bien, je ne dis pas que tout doit être décidé dans la vitesse ou la précipitation; il est des situations où il faut laisser du temps au temps, où le temps que l'on s'octroie est un élément de la prise de décision. Les situations auxquelles je me réfère sont toutes celles où par manque de courage, par manque de compétence on ne décide pas alors que tous les éléments (ou en tous cas les éléments essentiels) pour la prise de décision sont là ; et alors, l'absence de prise de décision conduit au pourrissement de la situation comme nous en voyons de nombreux exemples.
Or voilà que les nouveaux outils de communication , Twitter et les réseaux de toute nature viennent dramatiser encore plus cette situation. Vous n'avez pas écrit et deux mots sur votre blog , hésité sur la publication d'une photo, accepté de participer à un groupe ou ajouté une personne à vos relations que sur le champ le monde entier en est informé. L'instantanéité est devenue la règle, que vous le vouliez ou pas.
La question clé est devenue maintenant: faut-il nous adapter aux outils ou faut-il les adapter à nous?
La réponse est très probablement: les deux.
En effet en rentrant dans les différentes communautés, vous avez implicitement accepté de jouer le jeu, d'être réactif, informel, présent et de vous laisser entraîner dans le rythme infernal (ou bienvenu selon le point de vue) des nouvelles applications.
Mais en même temps, vous devez rester maître de vous-même, de votre image, de vos propos, de votre temps et donc de votre vie. Les outils doivent rester des outils à votre service et ne pas vous conduire là où vous ne le souhaitez pas.
Quoiqu'en pensent les gourous des nouveaux outils, le management est un art où la dimension humaine reste prépondérante et merci à tous ces outils s'ils nous permettent de mieux exploiter nos compétences et de réduire notre tendance naturelle à la manianite.
Paul Ohana
Président de la Commission Réforme de l'Etat
Fondation Concorde

En Français, ce concept est designe par un mot du dictionnaire : la procrastination.
Il est parfois utile de s'interroger sur les apports reels ou supposes des neologismes.
Et... Tant qu'a faire, mieux vaut ne pas attendre demain...
Cordialement,
Jean Michel Linois Linkovskis
Rédigé par : Linois Jean-Michel | 20/11/2009 à 13:33
Cher ami,
Merci de votre mot spontané, qui illustre votre maîtrise des nouveaux outils.
Lors da la création de ce néologisme dont je revendique la paternité j'avais proposé à M. Jean Dutourd de l'académie française de le substituer à la procrastination dont l'existence ne m'avait pas échappée :) Je trouvais que manianite faisait beaucoup plus union pour la Méditerranée, alors que la procrastination demeure du grec de l'hébreu pour nombre d'entre nous.
Ma demande était prématurée, mais peut-être que l'usage l'imposera? ou
Bien à vous
Paul Ohana
Rédigé par : paul ohana | 20/11/2009 à 13:36
Cher Ami,
J'ai trouvé ce texte très intéressant. Merci.
Une expérience personnelle : j'avais vu des débats sur une liste de diffusion s'envenimer au point de voir des personnes qui avaient de bonnes relations se brouiller.
Mon analyse, pour faire vite, a été la suivante : pour l'expéditeur le mail est de "l'oral" et à l'arrivée, pour le destinataire, "c'est de l'écrit". Or il est des choses que l'on peut dire et que l'on ne peut pas écrire.
J'ai proposé (et je m'applique) la solution suivante quand je reçois un mail et que j'y réponds :
- j'écris ma réponse,
- je la mets dans les "brouillons".
- je la reprends une heure ou une journée après (cela dépend de l'urgence éventuelle)
Et je décide :
- soit de le modifier substantiellement et l'expédier illico (cas le plus fréquent)
- soit de l'expédier sans le modifier : cas très rare,
- soit de le mettre à la poubelle : cas assez fréquent
Cela revient tout simplement, non pas à tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler, mais à tourner sept fois son clavier sur son bureau avant d'envoyer un mail.
Cette solution a complètement fait disparaître certains malentendus d'une liste de discussion!
Amicalement
_____________________
Prof. Bernard BOBE
Mission Formation continue
Chimie ParisTech
Rédigé par : bernard bobe | 20/11/2009 à 13:41
Merci de votre commentaire que j'ai beaucoup apprécié.
En effet, pour aller dans votre sens, le message oral est dans une certaine mesure rattrapable lors de l'échange alors que le mail intègre toute la communication
Dans le même ordre d'idées, il est fortement déconseillé d'envoyer un mail, le soir tard avant de dormir.
L'expérience a montré que l'on regrettait souvent de l'avoir fait : nombre d'amoureux ont ainsi rompu avec leur partenaire et l'ont regretté le lendemain:) !
Bien à vous
Paul Ohana
Rédigé par : paul ohana | 20/11/2009 à 13:43